
L'Estampille/L'objet d'art 
.jpg)
Journal des arts 
L'Estampille/L'objet d'art
 
La Gazette Drouot
La Tribune de l'art
Connaissances des arts

Le Journal des Arts
L'Oeil 
L'Estampille/L'objet d'art

Point de vue 
L'Estampille/L'objet d'art 
L'Estampille/L'objet d'art 
Art et Italie
Heureux qui comme Zeuxis... : exposition ) Paris, Galerie Mendes
Heureux qui comme Zeuxis...a peint de beaux raisins ! D'après Pline l'Ancien, qui raconte l'anecdote dans sa fameuse Histoire naturelle,
le peintre grec de l'Antiquité aurait peint un tableau avec des fruits
si réalistes que les oiseaux tentaient de les picorer sur son œuvre. Si
ledit tableau a malheureusement disparu depuis bien longtemps, les
peintres des Temps modernes ont su renouveler le genre de la nature
morte avec un brio pareil à celui des Anciens. Le talent n'a toutefois
pas toujours suffi pour que ces artistes soient apprécié à leur juste
valeur, cette production étant reléguée à un rang bien inférieur à
celui du portrait ou de la peinture d'histoire. Une telle hiérarchie
n'empêcha guère un développement international de la nature morte, en
France comme en Espagne, dans les Flandres ou en Italie, ni une
diversification du sujet, tantôt purement décoratif, tantôt allégorique.
 De
là à établir la genèse de la nature morte moderne, on ne saurait rester
que dans l'hypothèse en attribuant à Caravage le premier tableau
décrivant de façon autonome des objets animés, la fameuse Corbeille de fruits
(Milan, Pinacoteca Ambriosana). Quoi qu'il en soit, l'attention très
poussée du maître pour l'aspect véritable des choses trouve des échos
ultérieurs chez les peintres de Milan, Rome ou Naples, autant de lieux
où séjourna Caravage. A ces débuts de la nature morte correspond
l'œuvre d'un Michelangelo Cerquozzi, actif dans la ville éternelle, et
son Raisins, grenades et raves posés sur un entablement historié
: la lumière semble y caresser les surfaces, faisant briller les chairs
juteuses qu'un oiseau s'apprête à dévorer, une allusion possible au
récit de Pline, et plus généralement à la rivalité entre Anciens et
Modernes. Le devant de la table où repose les fruits est orné de
quelque bataille pétrifiée_ mise en image de la prééminence de la
nature sur les artifices de l'art ? Le ressort symbolique est en tout
cas évident dans l'audacieuse Allégorie des sens,
attribuée à Cristoforo Munari. S'y entassent des éléments immédiatement
rattachables à telle ou telle perception, ainsi les instruments de
musique liés à l'ouïe, les agrumes pour le goût ou encore le toucher
représenté par ce ce geste du jeune homme prenant un marbre qu'il
contemple avec gravité. Comme il s'agit de peinture, n'est-ce pas la
vue qui est en majesté ? A défaut défaut d'entendre ou de manger, on ne
peut que reconnaître la qualité visuelle très aboutie de chaque détail_
le bois lisse de la viole de gambe, la délicatesse des fragiles pétales
de roses, l'extraordinaire ouvrage chatoyant du tapis. Ce type d'œuvre
n'est pas totalement neuf, si l'on en juge par une toile antérieure, du
milieu du XVIIe siècle, peinte par un artiste anonyme d'Italie du Nord
et justement intitulée Nature morte aux instruments de musique et tapis de Turquie.
Un rideau est tiré pour dévoiler la composition, comme si
l'illusionnisme abouti du jeu de reflets et d'ombres nous empêchait de
discerner la fiction peinte de l'environnement réel.
Si l'on
peut être impressionnés par le nombre de tableaux inédits, la surprise
n'est pas moindre avec la véritable redécouverte de deux artistes.
Ainsi le lombard Gilardo Lodi, dont Raisins, pommes et grenades sur un entablement de pierre
vient considérablement enrichir un catalogue d'œuvres aussi réduit que
discuté. Le sujet a beau être redevable à l'anecdote de Pline l'Ancien
comme un certain nombre de toiles analogues, le traitement en est
sublimé par le clair-obscur. La pénombre fait ressortir les fruits en
leur donnant une vraie monumentalité et même une noblesse, avec cet
esprit moderne qui magnifie ces objets du quotidien jusqu'alors boudés
par les Beaux-Arts. L'autre nom entièrement révélé (ou presque) est
celui de Francesco Bona, jusqu'alors seulement connu par quelques
critiques mais sans qu'on puisse lui attribuer avec certitude de toile
autographe. La Nature morte aux chardons, citrons et roses dans un vase
ne pose guère de problème de paternité puisque le tableau est signé et
constitue donc, à ce jour, le point de départ du corpus de ce peintre
napolitain actif autour de 1700. On ne peut qu'espérer une meilleure
connaissance du peintre dans les années à venir, car Bona est un
artiste pour le moins talentueux, décrivant avec une grande précision
optique les moindres accidents et reliefs de la flore_ comme si la
lumière projetée sur ces éléments, ressortant sur un fond sombre,
s'attardait sur chaque pli, bosse ou aspérité.
La
longue tradition d'un regard porté sur la réalité du quotidien,
entretenue par les peintres flamands depuis le Moyen Âge, n'a guère
tari au XVIIe siècle. On peut même dire qu'elle s'est diversifiée grâce
à la collaboration des artistes mettant leurs dispositions pour tel ou
tel sujet au service d'une composition outrepassant la hiérarchie des
genres. Ainsi en va-t-il du Vase d'argent et putto arrangeant des fleurs,
dû à deux étrangers actifs en Italie, le français Guillaume Courtois et
le flamand Abraham Brueghel. Ce dernier avait de qui tenir puisqu'il
n'était autre que l'arrière-petit-fils du génial Pieter Brueghel,
fondateur de la fameuse lignée qui comptera aussi un autre grand
peintre de fleurs, Jan Brueghel le jeune, collaborateur de Rubens...et
grand-père d'Abraham. Dans ce tableau à deux pinceaux, chacun s'est
surpassé dans sa spécialité, au point qu'il est difficile de dire qui,
du putto ou de la composition florale, nous apparaît le plus réaliste,
le plus vivant, le plus sensible...Car, à part le bambin dodu courant
vers le bouquet, un autre enfant presque aussi vivace anime le tableau
: il s'agit de la petite figure ailée, juchée sur l'anse du vase et qui
se tourne vers son confrère de chair. A l'instar du petit être de
métal, le vase est une symphonie scintillante et sonore d'aplats gris,
de rehauts blancs, de reflets légers entre les ombres. Qu'y a-t-il qui
mérite l'appellation de "nature morte" dans un tel tableau ? Le constat
ne diffère guère face au panache coloré de Roses trémières, roses mousseuses, capucines et tournesol dans un vase.
Son auteur, Karel Van Vogelaer, était un néerlandais qui passa
l'essentiel de sa carrière à Rome, où il ne vola pas son surnom de
Carlo dei Fiori, tant il savait faire d'un bouquet de fleurs un
tourbillon festif. Minutieuse dans le rendu des pétales, la toile est
aussi extrêmement bien organisée par son équilibre entre les
différentes formes et teintes de corolles : les rosés alternent avec
les taches bleu, le lisse se marie bien avec le rugueux . Et en bas, à
moitié plongée dans l'ombre, une fleur donne une forte note solaire
dans ces tranquilles variations. Le touffu tournesol réchauffe et
s'impose tel un monarque radieux, évoquant un célèbre autoportrait de Van Dyck, bien avant que le motif ne soit bien sûr multiplié, sublimé et consacré par Van Gogh.
 La
nature morte du XVIIIe siècle est indéniablement marquée par une plus
grande légéreté et clarté dans les modes de représentation, qui va bien
sûr de pair avec l'évolution de la peinture d'histoire vers le style
rococo. Malgré l'emploi d'un clair-obscur encore très dramatique,
Gaspare Lopez procure une tendresse nouvelle à des motifs déjà
traditionnels. Sous son pinceau, la fleur a quelque chose de cette
douceur mélancolique chère à son contemporain Watteau, où le romantisme
de la nature comme des sentiments échappe à la mièvrerie par une
tristesse inéluctable, lourde en regrets et éclats. Si l'on se cantonne
au seul domaine végétal, les affinités peuvent se rencontrer avec le
français Jean-Baptiste Monnoyer, qui peint sous Louis XIV des compositions florales
toutes aussi ambitieuses dans leur souci décoratif. Chez les Vénitiens,
la forte identité picturale réussit même à se percevoir dans la nature
morte, qui n'échappe pas à l'effervescence baroque caractérisant la
Sérénissime dans les décennies précédant le baiser de mort de
Bonaparte. Une paire de "caprices floraux" a ainsi été donnée au
célèbre Francesco Guardi, à cause de la manière elliptique et
tremblante pouvant rappeler en effet les fameuses vedute
de l'un des derniers grands peintres vénitiens. En dépit d'une activité
artistique s'étendant à la gravure et aux projets décoratifs, Guardi
n'est guère documenté pour s'être essayé à la nature morte. C'est donc
avec une prudence honnête que le catalogue attribue ces deux toiles à
un "Maître Guardesco", appellation générique qui a l'avantage de cerner
une production due à un ou plusieurs anonymes proches de Guardi...Peu
importe, à l'extrême limite, l'auteur de telles œuvres, l'atmosphère si
propre à la cité lagunaire est bel et bien là. La touche glissant sur
la toile reflète un monde festif, exubérant dans le moindre détail où
une vie effrénée s'engouffre, comme pour oublier un déclin inexorable.
Une apparence de joie dans un monde à l'agonie, comme ce carnaval
durant alors six mois l'an et ses masques somptueux, innombrables,
cachant à peine la déchéance d'une ville, d'un peuple, d'une
civilisation.
Le saut chronologique est immense, mais le lien
n'est pas si éloigné quand on aborde, après les Temps modernes, la
période contemporaine par le biais de Giorgio de Chirico. S'il y a un
artiste du Novecento saisi
par le vertige terrible d'une tradition et d'une histoire
impressionnantes, si ce n'est écrasantes, c'est bien le maître de la
"peinture métaphysique" (d'ailleurs bientôt célébré par une rétrospective parisienne sur laquelle nous reviendrons). Peint vers 1960, son Fruits dans un village
apparaît comme une sorte de passerelle entre un répertoire bien établi
et son langage éminemment moderne. Posé sur un rebord de fenêtre, sous
un rideau, devant un fond de paysage, le motif fruitier nous ramène
aussi bien à Caravage qu'aux artifices baroques décoratifs et à un
illusionnisme spatial où la peinture encore et toujours brouille les
pistes entre fiction et réalité. Cette même ambiguïté spatiale traduit
un sentiment aussi personnel que significatif de l'auteur par rapport à
l'art italien. Isolé dans un lieu incertain, troublant et même
fascinant, le motif de la corbeille de fruits peut être comparé aux
vestiges antiques peuplant les nuits solitaires des "peintures
métaphysiques": Giorgio de Chirico rend hommage à une culture certes
passées, mais dont l'empreinte paraît indélébile. Ancien et moderne se
rejoignent dans un lieu incertain, porteur de rêves, d'interrogations
mais aussi de plaisirs.
 On
dit la nature morte répétitive et ennuyeuse, alignant les mêmes poncifs
sur des siècles. Voilà le genre de manifestation qui va, avec un
certain courage, à l'encontre de ces préjugés et autres sentiers
battus, pour affirmer comme il se doit que le génie de l'Italie des
XVIIe et XVIIIe siècles outrepassait les limites pourtant très larges
de l'œuvre de la "grande" peinture d'histoire. Après s'être attardé sur
cette présentation brève mais remarquable de l'ère baroque à l'art
moderne, il faut se rendre à l'évidence que le genre ici traité
regroupe deux termes pour le moins antithétiques : nature morte est
encore un de ces noms de convention à définitivement bannir de
l'histoire de l'art !
Je remercie la Galerie Mendes pour leurs visuels aimablement transmis.
Heureux qui comme Zeuxis..., du 20 novembre 2008 au 28 février 2009. Galerie Mendes,
36, rue de Penthièvre, 75008 Paris. Ouvert lundi et samedi de 14H00 à
19H00 ; mardi, mercredi, jeudi et vendredi de 10H30 à 19H00. Entrée
libre. Catalogue de Claudia Salvi (Paris, Galerie Mendes, 2008, 47
pages).
Références photographiques : - Anonyme de l'Italie du nord, Nature morte aux instruments de musique et tapis de Turquie, milieu du XVIIe siècle, huile sur toile, 75x110 cm - Abraham Brueghel et Guillaume Courtois, Vase d'argent et putto arrangeant des fleurs, vers 1670-1675, huile sur toile, 101,5x68 cm - Maître Guardesco, Caprice floral avec un perroquet, XVIIIe siècle, huile sur toile, 71x94,5 cm - Maître Guardesco, Caprice floral avec un plat cardinal, XVIIIe siècle, huile sur toile, 71x94,5 cm
La tribune de l'art
Redécouverte d’une nature morte signée de Francesco Bona
Francesco Bona (atif à Naples à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle) Nature morte aux chardons, citrons et roses dans un vase
Huile sur toile - 74 x 100 cm
Paris, Galerie Mendes
Photo : Galerie Mendes
|
22/1/09 – Découverte – Paris, marché de l'art –Jusqu’au
21 février 2009, la galerie Mendes à Paris présente une sélection de
natures mortes italiennes essentiellement du XVIIe siècle. Parmi
celles-ci, les historiens de l’art remarqueront une Nature morte aux chardons, citrons et roses dans un vase,
signée du peintre napolitain Francesco Bona. Comme le signale Claudia
Salvi, l’auteur de la notice, il s’agit d’une œuvre importante car elle
est la seule certaine de cet artiste actuellement connue. Deux tableaux
signés par lui étaient signalés dans le catalogue d’une exposition à la
galerie Lorenzelli de Bergame en 1968 mais ils sont aujourd’hui non
localisés.
L’artiste
a peut-être été l’élève de Giovan Battista Ruoppolo (1629-1693). Cette
toile s’inscrit bien, en tout cas, dans le contexte de la nature morte
napolitaine de l’époque dont une exposition remarquable s’était tenue
en 2006 à la galerie Canesso (voir l’article). La redécouverte et la publication de cet unicum,
qui devrait permettre de réattribuer certaines œuvres à Francesco Bona,
prouve une nouvelle fois le rôle parfois important des marchands pour
l’histoire de l’art.
Connaissance des arts

France antiquités magazine

11111111111111111111000010100000110000001010000010001000110000001100000011001100110000001010101011001100100000001000000011001100
|