Oxymore

Oeuvres de Maurice Maillard




Lorsque l'historien d'art évoque le « clair-obscur », il utilise une figure de style nommée « oxymore » qui étymologiquement renvoie à l'association de deux éléments que l'usage oppose. En mariant le blanc et le noir le travail de Maurice Maillard, traduit-il dans le dessin ce procédé de rhétorique ?

L'intensité d'une surface picturale est souvent renforcée par son contraire : un mur blanc révèle une ombre noire, un branchage sombre n'est visible que sur un fond clair. Maurice Maillard confronte des éléments opposés et établit une relation d'échange entre des valeurs traditionnellement incompatibles. Le graphite réfléchit la lumière alors que la réserve se confond avec la matière. Peut-on encore parler de « clair obscur » quand le clair et l'obscur s'inversent ?

Si le contraste tend à souligner les différences, l'oxymore les fusionne. Dans Le sommeil de Gaïa, Marée basse ou Dessin catalan comment distinguer le relief de l'aplat, la stabilité du mouvement et où situer la frontière entre la figuration et l'abstraction ? Ici, l'opposition forme un tout au point de nous faire oublier nos repères visuels.

Il ne s'agit pas d'un simple jeu formel, mais d'une quête des origines mêmes de la création humaine et divine. Nombreuses sont les cosmogonies qui décrivent l'organisation de l'univers comme résultant du mariage d'éléments antagonistes : dans l'Egypte ancienne, la mythologie thébaine unit le liquide au solide, l'infini au fini, l'obscur au lumineux, le caché au révélé, pour engendrer la vie.

Gustave Courbet recherchait la Genèse dans la représentation de l'intimité féminine. Un dessin comme Sources ou L'Origine met en scène un creuset de vie qui pourrait aussi bien être le cratère d'un volcan que la suggestion érotique du sexe d'une femme.
Toutes ces valeurs se retrouvent dans la philosophie Taoïste pour qui la dualité devient complémentarité régissant l'univers. Le noir, le froid, la terre, le vide, l'immobilité, le creux fusionnent avec le blanc, le chaud, le ciel, le plein, le mouvement et le relief...

Maurice Maillard exprime en virtuose sur la feuille ce paradoxe de la langue française ayant survécu à toute réglementation classique : la sonorité trop sombre du mot « jour » et la prononciation trop claire du mot « nuit ». Lorsqu'un mot paraît désigner l'inverse de son sens, seul l'artiste peut rétablir un rapport logique, conduisant la dualité de l'ombre et de la lumière vers l'unité du chef-d'œuvre.

 

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